Guimove Mont Ténibre - 3032m
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Posted: 16/04/2008 01:05:56 Post subject: Changement climatique et Tourisme en montagne... |
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Voilou, un petit article recu par mail d'Emmanuelle Marcelpoil à lire jusqu'au bout...pas si mal! Surtout pour Fab
… De la question des impacts à celle des capacités de réponse.
Les stations de sport d’hiver représentent pour la France, un secteur
économique crucial, signe de vitalité économique, d’une conception bien
spécifique de l’aménagement touristique en montagne. Destinées
historiquement à atténuer l’exode rural montagnard, les stations sont
aujourd’hui confrontées à de fortes mutations, et ce, dans un contexte
d’évolution touristique international pourtant favorable, avec un milliard
et demi de visiteurs prévus à l’horizon 2020. La gestion du parc de
stations françaises est actuellement renvoyée à sa durabilité. Durabilité
d’un modèle touristique particulier, fondée sur la relation
hébergements-remontées mécaniques. Durabilité d’un modèle de développement
économique, [Image]malmené par le changement climatique. Quel est donc le
devenir des destinations touristiques de montagne ? Doit-on craindre comme
certains l’annoncent, la fin des stations, notamment celles situées en
moyenne montagne ? Ou peut-on espérer dans le foisonnement d’initiatives
autour du développement durable ? Entre phénomène de « greenwashing » et
volonté farouche d’occulter les tendances, l’enjeu est de décrypter la
réalité des destinations touristiques.
Emmanuelle Marcelpoil, chercheur, Cemagref Grenoble, Vincent Boudières,
doctorant, Cemagref-PACTE, Grenoble et Hugues François, docteur en
aménagement du territoire, TerriScope, Grenoble exposent leur point de vue.
“Dans ce contexte, notre position n’est pas de se focaliser sur les débats
médiatiques en cours mais plutôt de les mettre en perspective pour
interroger les facteurs d’évolution en termes de trajectoires des
destinations.
Un client exigeant.
Le marché des sports d’hiver ne se développe plus dans les mêmes conditions économiques
et de clientèle que celles qui ont forgé son succès. Même si les chiffres
de fréquentation des remontées mécaniques font état en France de 56
millions journées-skieurs sur la saison 2005/2006, le contraste est plus
net entre massifs et entre destinations. S’ajoute un taux de départ des
français aux sports d’hiver, s’établissant en 2007, à seulement 7.1%,
marque d’un tassement des séjours à la neige dont le coût élevé est
souvent avancé comme facteur explicatif essentiel. Enfin, la clientèle
touristique actuelle n’est plus aussi uniforme que celle pour lesquelles
les stations de sport d’hiver ont été conçues. Loin d’être captif comme
son lointain aïeul, le pratiquant actuel est a contrario zappeur, informé,
effectuant son « marché » parmi un large panel de destinations, où la
montagne hivernale ne fait plus forcément rêver. Ces tendances marketing
forcent les stations à une anticipation effrénée. Le maître mot est
l’innovation, l’adaptation, la réponse aux attentes de ce client roi, pour
développer une offre touristique adaptée. Une adaptation d’autant plus
urgente que la concurrence est rude, tant entre destinations touristiques
montagnardes d’un même massif, d’un même pays, qu’avec les stations
étrangères, de la « vieille » Europe mais surtout avec celles des
« eldorados » bulgares, chinois, russes…
Le changement climatique : une menace pour les économies montagnardes.
Au-delà du rôle de ces dynamiques de marketing, le devenir des stations
est largement questionné par le changement climatique. L’analyse du
changement climatique a donné lieu à d’intenses mouvements médiatiques au
début de l’année 2007, avec plusieurs manifestations internationales
rendant compte des récentes conclusions du Groupe Intergouvernemental
d’Experts du Climat (GIEC). Le GIEC a ainsi rendu public à Paris et
Bruxelles, ses travaux, entérinant la responsabilité des activités
humaines dans le réchauffement climatique et la nécessité de l’adaptation.
Les prévisions avancent une augmentation globale de la température,
évaluée entre 1,1°C et 6,4°C d’ici 2100. Ceci masque cependant des
disparités qui peuvent être importantes selon les zones géographiques. De
plus, les impacts du changement climatique à des échelles infra
(régionales, locales) restent encore difficiles à définir, compte-tenu du
niveau d’incertitude, en lien avec l’état des connaissances. Cette
incertitude dans le passage du global au local est accrue en zone de
montagne, où existent de fortes variabilités en matière de précipitations
selon les massifs et les années considérées.
L’arc alpin est particulièrement concerné par les réflexions prospectives
et l’élaboration de scénarii d’évolution du climat et d’impacts à partir
des modèles globaux. Dans ce contexte, la fiabilité de l’enneigement dans
les stations de ski est remise en cause. Corrélativement, les économies
des principaux leaders que sont la France, la Suisse, l’Allemagne et
l’Autriche, sont menacées car largement tributaires de l’activité
touristique hivernale. Le rapport de l’OCDE précise que «les Alpes sont
particulièrement sensibles aux changements climatiques et le réchauffement
récent y a été près de trois fois supérieur à la moyenne mondiale ».
La plupart des travaux évaluent ainsi la « perte » de stations, en
fonction de projections de température notamment. Le rapport de l’OCDE
insiste d’ailleurs sur cet aspect : « actuellement, on considère que 90%
des domaines skiables alpins de moyenne ou grande taille, soit 609
domaines sur 699 bénéficient d’un enneigement naturel suffisant au moins
cent jours par an. Les 10% restants opèrent déjà dans des conditions
précaires. Une hausse de la température de 1°C, de 2°C, ou de 4°C à
l’avenir pourrait ramener le nombre de domaines skiables jouissant d’un
enneigement fiable à 500, 400 ou 200 respectivement ». La perspective
d’une fréquence plus forte d’hivers sans neige est maintenant avancée
comme une conséquence du réchauffement climatique pour les stations, et ce
dans divers pays.
La diversité des réponses face au changement climatique.
Si l’incertitude associée au phénomène changement climatique et à ses
effets a pu encourager des positions de déni dans le monde du tourisme
(précédemment confronté aux caprices de la météorologie), la situation
actuelle est plutôt marquée par la reconnaissance du changement
climatique. Cependant, les acteurs expriment souvent un sentiment
d’impuissance vis-à-vis de leurs capacités d’adaptation.
Pourtant localement, des stratégies ont été mises en place depuis quelques
années dans les stations et par les collectivités territoriales à des
niveaux décisionnels divers. Ces stratégies oscillent caricaturalement
entre l’atténuation des impacts, matérialisée par le développement sans
précédent de la neige de culture dans les stations et celle de
l’adaptation, imposant un renouvellement en profondeur du modèle de
développement des stations. La lecture de ces capacités d’adaptation,
portées par les acteurs, doit s’interpréter en fonction des chemins de
développement socioéconomiques déjà parcourus par les destinations.
Stratégie d’atténuation des impacts : la neige de culture.
La production de neige de culture est une des réponses des stations, face aux
effets du changement climatique. Elle s’inscrit dans une optique
d’atténuation d’impacts, sans remise en cause du mode de développement
touristique sous-jacent. La fabrication de neige implique de disposer
d’une ressource en eau importante, évaluée à 4000 m3 d’eau pour enneiger
un hectare. Cette thématique est donc porteuse de controverses, de débats.
Les arguments défendus par les professionnels du tourisme, font état d’une
gestion raisonnée de la ressource en eau, générant peu de conflits d’usage
et critiquent un discours ambiant par trop alarmiste. A contrario, les
associations de protection de l’environnement ou les réseaux européens
dénoncent la course à l’armement et la sur-utilisation de l’eau par les
stations et plus globalement des répercussions sur l’environnement.
L’évolution des espèces végétales en fonction du manteau neigeux est à cet
égard un axe de réflexions et de controverses.
Le caractère très médiatique de la ressource en eau a encouragé le
positionnement des principaux acteurs de la filière stations, en
particulier sur le plan technique. La récente adoption de la Charte de
développement durable des stations de montagne a mis en exergue la
question de la ressource en eau en stations. L’association du SNTF et des
maires des stations de montagne (ANMSM) témoigne de l’évolution des
positions des destinations face à l’argumentaire environnemental. L’enjeu
pour demain consiste à traduire en actions concrètes et en indicateurs de
suivi, les chapitres inscrits dans la Charte de développement durable des
stations.
N’oublions pas enfin que la logique d’atténuation d’impacts, marquée par
l’expansion de la neige de culture, se nourrit d’impératifs économiques,
bien légitimes pour les professionnels du tourisme. Le choix opéré par la
Compagnie des Alpes, leader dans la gestion des remontées mécaniques, est
éloquent. Elle n’investit que dans les stations de renommée internationale
et situées en altitude. De leur côté, les élus soulignent le risque
d’accident industriel et social majeur, en l’absence d’un plan
d’investissement d’envergure dans la neige de culture pour leurs
territoires.
La nécessité d’une adaptation structurelle des destinations.
Au-delà de la solution à court terme de la neige de culture, se pose la
question plus globale de l’adaptation des stations, entendue comme la
modification structurelle du système. L’enjeu est de maintenir ou
d’améliorer la viabilité d’un système, avec diverses options : supporter
les coûts, prévenir les pertes, partager les pertes via les assurances,
changer l’activité (par exemple, aller vers la station quatre saisons),
changer la localisation des activités et améliorer la capacité de
résilience des écosystèmes…
C’est en définitive la viabilité des stations qui est en jeu. En France,
l’urgence des conséquences du changement climatique a conduit le ministre
de l’Aménagement du Territoire à commander au Conseil National de la
Montagne en février 2007, un rapport sur la diversification. Tout
récemment, l’ANEM a créé une mission changement climatique, dont les
conclusions ont été présentées lors de son Congrès annuel, en octobre 2007.
La diversification est la solution couramment mobilisée comme stratégie
d’adaptation,et ce bien avant l’affirmation des conséquences du
changement climatique. Diversification hivernale, diversification
estivale, toutes les stations sont concernées. Au-delà de cette course aux
nouveaux produits, aux nouvelles prestations, force est de constater que
les solutions de diversification se ressemblent toutes, qu’on soit en
station d’altitude ou en moyenne montagne. Il n’existe pas ou plus
d’imaginaire de l’adaptation, alors que le modèle de développement des
stations s’est nourri de l’imaginaire de la montagne, de l’innovation et
de la modernité. En ce sens, l’ancrage des stations dans leurs territoires
peut devenir sclérosant, avec une mémoire constituée, révérée quasi
sanctifiée, celle qui fige un groupe dans des rites si ce n’est des
rituels.
Une diversité de trajectoires d’évolution des destinations touristiques.
En définitive, les trajectoires d’évolution s’avèrent bien diversifiées. A
la traditionnelle césure entre stations d’altitude et stations de moyenne
montagne, césure a priori renforcée par le débat sur le changement
climatique, vient se substituer une variété de catégories de stations.
Dans ce cadre, les stations de moyenne montagne sont loin de présenter un
caractère uniforme. Leur localisation, plus ou moins proche d’une
agglomération, leur confère des marges de manœuvre différentes de celles
de leurs consœurs, plus éloignées. En particulier, l’évolution de leur
positionnement leur ouvre de nouvelles perspectives, avec la reconquête
d’une clientèle de proximité, auparavant délaissée. Plus fondamentalement,
de telles mutations contribuent à modifier l’image de ces stations de
moyenne montagne, historiquement perçues comme antithèses des stations
intégrées, rationnelles, et ce faisant, non rentables. Certaines stations
de moyenne montagne présentent une image plus favorable, marquée par une
variété de ressources naturelles, patrimoniales et culturelles, pouvant
être mobilisées dans des stratégies d’adaptation. Dans le même temps, ces
atouts paysagers, de cadre de vie et de coût du foncier, présents dans ces
sites, vont attirer de nouvelles populations permanentes, pas toujours
enclines à une expansion du tourisme.
Les stations d’altitude ne sont pas à exclure des réflexions.
Globalement dépendantes de l’économie touristique, peu diversifiées, ces destinations
sont souvent présentées comme peu concernées par le changement climatique.
Leur altitude les éloignerait du spectre de la fin de l’or blanc, voire
les renforcerait en déplaçant la clientèle des stations de moyenne
montagne, dépourvues d’enneigement. Au-delà de ces scénarii, le changement
climatique peut également ouvrir le cône des possibles pour ces sites
d’altitude. La perspective d’un réchauffement marqué du sud de l’Europe
pourrait favoriser leur attractivité, sur de larges périodes, et ce dans
un contexte d’expansion très nette des migrations domicile-travail et des
résidentialités multiples, à l’œuvre en Europe.
En définitive, quel que soit le type de station, le changement climatique
comme d’autres évolutions structurelles des destinations, invitent à
déporter le regard du court terme vers le long terme, en mettant en
perspective leurs trajectoires d’évolution et in fine leurs marges de
manœuvre.
Une gouvernance élargie pour des destinations touristiques de demain
innovantes.
Sans pencher pour telle stratégie plutôt qu’une autre, l’enjeu pour
l’avenir est de s’appesantir sur la vulnérabilité de destinations et de
leurs territoires, face à un événement comme le changement climatique.
Comment la perception du changement climatique débouche sur des pratiques
d’action publique spécifiques ? Et quelles marges de manœuvre en
ressortent pour les acteurs et pour les territoires concernés ? En
particulier, la diversification prônée en stations, initiée depuis
quelques années et réaffirmée avec le changement climatique, souffre de
l’absence d’un modèle économique sous-jacent, apte à convaincre les
destinations, de la pertinence économique d’une évolution vers la
diversification. De plus, les politiques mises œuvre par les collectivités
territoriales, régionales comme départementales mais aussi par les
stations, se caractérisent par un tableau bien varié, frisant parfois
l’incohérence. Ainsi, dans une même région, le niveau régional peut
accompagner la diversification des stations, tandis que des échelons
départementaux poursuivent le financement de la neige de culture ou des
infrastructures touristiques. Au-delà de la légitimité de l’action des
diverses collectivités territoriales, l’articulation ou plus exactement
l’absence d’articulation ne favorise pas l’émergence d’un sens commun
autour de la durabilité des destinations touristiques de montagne.
Cette situation plaide pour des recherches sur l’évolution des
trajectoires des stations, sous l’effet du changement climatique mais
également des mutations de la clientèle et des conséquences immobilières
et foncières… Des recherches certes mais des recherches qui s’inscrivent
dans une demande des acteurs du terrain, relevant de divers échelons et
qui contribueront à construire de manière partenariale un nouveau modèle
économique des stations de sport d’hiver, gage de performance. La
prétention n’est pas d’apporter des solutions univoques, qui n’existent
d’ailleurs pas mais plutôt de mettre en débats les contraintes et les
facteurs d’évolution. En ce sens, la finalité est de faire émerger une
action publique innovante, n’opposant plus les stratégies opérationnelles
des professionnels du tourisme et la logique d’accompagnement des
collectivités territoriales, destinée à pallier les externalités négatives
ou à infléchir les processus à l’œuvre, de manière isolée. Il s’agit en
associant, plutôt qu’en opposant les acteurs parties prenantes de la
filière Stations, de définir les contours d’une variété de capacités
d’innovation, de mettre un œuvre des modèles économiques d’évolution de la
station, bien éloignées de la relation fructueuse entre
hébergement-remontées mécaniques, fondatrices du modèle de développement
touristique de montagne. C’est à ce prix que les destinations touristiques
de montagne pourront développer une performance globale. |
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